Economie & quotient familial

Article de Max LEGUEM, directeur de la MJC

 

… L’économie étudie comment les hommes tirent parti de ressources limitées afin de satisfaire leurs désirs. L’être humain est un être de désir infini et se heurte en permanence à la rareté, au fini de la création. Nous sommes en permanence confrontés à la rareté donc au rationnement.

Prenons un exemple:
il n’y a pas sur terre rareté d’oxygène., Il n’y a donc pas rationnement d’oxygène sur terre.
Si nous faisons de la plongée, nous allons devoir emporter des bouteilles d’oxygène, et allons devoir gérer cette rareté, la rationner. Il va donc y avoir économie d’oxygène.

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La MJC, en tant qu’institution de service public, est confrontée, elle aussi, à la rareté :
– son budget est limité
– ses locaux ne sont pas extensibles
– le nombre de salariés et leur temps de travail non plus.

Nous allons donc devoir œuvrer avec ces limites et ces contraintes… avec cette rareté. Nous allons devoir mettre en œuvre du rationnement.
Prenons l’exemple des inscriptions. Qui va pouvoir s’inscrire à la MJC ?
– si nous décidons que ne peuvent s’inscrire que des personnes qui payent nous allons mettre en œuvre un rationnement par l’argent
– si nous tempérons ce système par la mise en place d’un quotient familial, nous allons rationner en fonction du revenu des gens
– si nous inscrivons prioritairement les premiers venus, nous mettons en œuvre un rationnement par « la course à pied ».

 Il y a donc bien une réflexion économique liée à notre action

 

La MJC, en tant qu’institution de service public, est confrontée, elle aussi, à la rareté :

– son budget est limité ses locaux ne sont pas extensibles

Réfléchir à l’économie de la MJC, c’est réfléchir à comment les administrateurs, qui ont en charge la réflexion sur l’utilisation des moyens, priorisent leurs choix dans l’attribution de ces moyens dont la MJC dispose.
Ces moyens sont à la fois des moyens humains, financiers, matériels et d’utilisation des locaux. Etudier comment la MJC distribue les ressources, c’est comprendre les choix qu’elle effectue.
En effet, la science économique fait l’hypothèse que les personnes sont capables d’identifier leurs désirs et qu’ils savent les classer par ordre de préférence, selon la satisfaction qu’elle leur procure (exemple : je préfère mettre des moyens en direction de la jeunesse plutôt qu’en direction de l’enfance, je préfère soutenir des actions éducatives plutôt que de la simple diffusion culturelle, etc …). à la MJC, les désirs sont en fait les valeurs portées par l’association. La MJC travaillant dans le champ de l’Education, ses valeurs peuvent être des valeurs sociales, esthétiques, artistiques et cognitives (liées à l’apprentissage), etc …
Pour être efficace dans la répartition et l’utilisation de ses moyens au regard de ses choix, la MJC va devoir définir des critères de justice (qu’est ce qui est juste ?). L’énoncé de ces critères va constituer le socle de sa politique.

Quelle est la forme de justice dont on parle ?

La justice dont on parle ici ne consiste pas à récompenser et à punir, mais consiste à résorber des inégalités sociales. Cette forme de justice a pour nom la justice sociale.
Nous entendons par justice sociale l’ensemble des aides que la collectivité publique accorde aux individus se trouvant dans l’impossibilité de se procurer, avec leurs propres ressources, ce qui est essentiel à l’existence dans la société à laquelle ils appartiennent. La MJC vit principalement des subventions publiques, elle a une mission de service public, elle intervient au nom de la puissance publique et participe donc de la justice sociale.
Le principe de l’égalité républicaine est un principe d’égalité de droit. La République considère que pour qu’il existe une égalité des droits, il est nécessaire que les personnes soient indépendantes juridiquement les unes vis à vis des autres. Cette indépendance, cette citoyenneté n’est possible que s’il est garanti, à chaque personne, les moyens minimums de son autonomie, c’est à dire son indépendance morale et intellectuelle. S’il n’y a pas autonomie, il y a risque d’un asservissement par le biais d’une dépendance. C’est pourquoi, la puissance publique doit l’empêcher. Parmi les moyens de cette autonomie, il y a l’Education, champ dans lequel œuvre la MJC. Veiller à ce que chaque citoyen puisse bénéficier de l’accès aux savoirs et à la culture fait donc partie intégrante de la justice sociale.

Comment se traduit, dans les faits, la justice sociale ?

La justice sociale se traduit par ce que l’on appelle la « RE-distribution ».
Redistribuer signifie « distribuer une deuxième fois ». Cela sous-entend qu’il y a eu une première distribution. Cette première distribution est constituée par la richesse initiale des personnes (niveau de revenus, patrimoine culturel et/ou financier transmis par les parents,…) avant l’intervention de la puissance publique (nous entendons par puissance publique, l’ensemble des moyens d’intervention du service public en direction de l’intérêt général). La redistribution consiste donc à faire en sorte que celui qui a peu ait plus, que l’on tente de réduire les écarts (écarts de connaissance, écarts de revenus, écarts de confort, etc ..)  
Puisqu’il y a redistribution, il va falloir décider à qui va bénéficier prioritairement cette redistribution.

Qui décide de la redistribution et selon quels critères ?

En démocratie, ce sont les représentants élus par le peuple, qui se voient mandatés pour porter et mettre en oeuvre, ces critères de justice, au nom de leurs électeurs (exemple : il me semble juste d’augmenter/de diminuer les impôts, …).
La MJC, comme toutes les associations loi 1901, est démocratique. Ses représentants élus au Conseil d’Administration, par les adhérents, assument, de fait, cette fonction et doivent en permanence manier ces concepts.
On perçoit ici des transactions, des échanges entre ceux qui donnent (l’association) et ceux qui reçoivent (la population).
Pour donner de l’indépendance à certains on va retirer de l’autonomie à d’autres. On va donc créer de l’inégalité, répartir de l’inégalité.
Exemples :
– lorsque la MJC décide de financer un projet, de fait, elle décide, en même temps, de ne pas en financer un autre
– lorsque la MJC décide de travailler tel domaine artistique, elle va, en même temps, en délaisser un autre
– lorsque la MJC attribue régulièrement des locaux à une association, elle prive, en même temps, une autre association de ces locaux
La justice sociale consiste alors à traiter inégalement des individus inégaux.